La Gorge du diable

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Tournant le dos à l’épuisante vie citadine, Cooper Tilson et sa femme Leah partent avec enfants et bagages s’installer en pleine campagne, dans une propriété achetée sur saisie. Autrefois imposant et élégant, le manoir de Cold Creek n’est plus désormais que ruines, mais Cooper et sa famille sont bien décidés à le remettre à neuf. Tout va pour le mieux jusqu’à ce que Dale Massie, l’ancien résident des lieux, sorte de prison et décide de récupérer par tous les moyens ce qu’il estime être son bien. Car Cold Creek cache bien des secrets…

Analyse du film

Au début des années 1980, le studio Disney cherche à se diversifier. Il faut dire que le grand public colle désormais un label familial à la marque qui ne leur semble proposer, à cette époque, quoi que ce soit d’autre. Et toutes les tentatives de produire des films plus matures font, presque systématiquement, des flops au point de justifier les moqueries. En 1984 naît le label Touchstone Pictures qui va se positionner sur un marché plus adulte, même si son premier film, Splash, reste encore un long métrage plutôt familial. Au fil des années, le label va peu à peu prendre du galon et se démarquer du label Disney, offrant des gros succès au box office. Par exemple, avec Pretty Woman en 1990, sorte de conte de fée moderne au caractère plutôt sulfureux (n’oublions pas que Vivian Ward est une prostituée). Touchstone Pictures va ainsi offrir des longs métrages plus expérimentaux que le label traditionnel Disney, avec plus ou moins de succès selon les genres. C’est dans la catégorie des thrillers que l’on classera l’inquiétant La gorge du diable réalisé par Mike Figgis en 2003, film passable qui cumule à peu près tous les poncifs du genre, mais qui reste regardable à défaut d’être terrifiant.

La gorge du diable raconte l’histoire d’une famille citadine qui ne supporte plus du tout la vie à cent à l’heure qu’ils mènent, ni les insupportables bouchons en ville. Ils s’imaginent que la vie est bien plus belle à la campagne, que tout est facile et que les gens sont plus gentils. Suite à une vente aux enchères d’un manoir saisie par la justice, ils se mettent en tête de l’acheter et le remettre en état. Leur nouvelle vie commence ! Mais en voulant se débarrasser des affaires des anciens propriétaires, ils tombent sur une série de documents très personnels qu’ils ne veulent pas jeter aux ordures. Quand le fils de l’ancien propriétaire débarque, allant même jusqu’à offrir ses services à la famille Tilson, on sent tout de suite qu’il y a anguille sous roche. Est-ce un allié ou un ennemi ? Et que dissimule cette famille dans le manoir dont les anciens occupants sont vraiment lugubres ? Il faudra aller au bout du film pour le savoir, même si les petites graines semées tout du long par le scénario font que tout s’avère foncièrement prévisible.

Sur la papier, La gorge du diable offre une belle brochette d’acteurs connus. Du côté de la famille citadine des Tilson, on compte ainsi Dennis Quaid (Cooper Tilson) et Sharon Stone (Leah Tilson). Bien qu’on s’imagine que les deux vedettes vont avoir un même traitement d’égalité dans le film, il faut s’accorder sur le rôle très effacé de Sharon Stone dans le film. Elle ne vit les évènements que par personne interposée, à savoir son mari qui se prend à peu près tout dans la figure du début à la fin. Pour leurs enfants, Kristen Tilson est jouée par une jeune adolescente encore inconnue à l’époque, mais qui deviendra extrêmement célèbre bien des années plus tard sous le nom de Bella : Kristen Stewart. Quand au fils, Jesse Tilson, il est joué par Ryan Wilson qui n’a pas vraiment percé depuis lors. Les deux enfants n’ont pas de véritable utilité dans l’intrigue, si ce n’est d’être des enfants braillards et pleurnicheurs à la moindre occasion. Tout au plus trouvent-t-ils, par le plus heureux des hasards dans un domaine grand de 400 hectares, un morceau de bois gravé qui jouera un rôle clé à la toute fin du récit !

Parmi les villageois, Dana Eskelson joue le rôle du Sheriff Ferguson, un personnage qui prendra, dans un premier temps, les propos de Cooper Tilson pour des affabulations, laissant le père de famille seul face à ses problèmes. A tel point d’ailleurs qu’il mènera et résoudra l’affaire avant elle ! Juliette Lewis interprète le rôle de Ruby, la jeune amante dont on comprend assez tôt dans quel camp elle se situe. C’est regrettable, tant sa participation est anecdotique dans le déroulé du scénario. Plus intéressant, Christopher Plummer joue le vieux M. Massie, l’ancien propriétaire du manoir. Au premier abord, on le juge sénile, mais ses rares moments de lucidité met le spectateur mal à l’aise face au passif énigmatique de sa famille. Reste enfin à présenter Stephen Dorff, qui joue un rôle franchement dérangeant, celui de Dale Massie.

Endetté jusqu’au coup, sortant de prison, on comprend immédiatement que cet homme a une idée pas très saine derrière la tête quand il propose ses services à la famille Tilson. Stephen Dorff est probablement le seul comédien de la distribution à réellement briller dans La gorge du diable. Il parvient à donner le change, dans une grande part du récit, parvenant à jouer un certain double jeu dans son attitude qui pousse à s’interroger. Est-il réellement le méchant de l’histoire ? D’abord on se dit que oui, on se dit que non, on découvre quelque chose de dérangeant, finalement non car cela semble trop évident, puis il se prend d’affection pour cette famille, mais celle-ci le méprise… Bref, ça fonctionne relativement bien, même si on s’attend plus ou moins au dénouement dès sa première apparition à l’écran. Car il faut reconnaître qu’il ne lésine pas sur les moyens pour parvenir à son objectif.

Pour la réalisation, Mike Figgis ne fait pas preuve d’une quelconque audace dans la mise en scène. Il semble particulièrement apprécier les plans-séquences, qui n’apportent rien de particulier à l’ensemble. Il aime également proposer des cadrages très serrés, centrés exclusivement sur les personnages laissant, de fait, de côté l’ensemble des décors. Peut-être s’agit-il d’un choix volontaire, façon cache-misère, car La gorge du diable ne bénéficie de quasiment aucun effet spécial particulier. Tout au plus utilise-t-il des techniques classiques pour créer une atmosphère, afin de rendre le film proche d’un huis-clos. Toute l’action tournant effectivement autour des mystères dissimulés dans le domaine, que l’on quitte qu’uniquement pour faire avancer l’intrigue.

Fait particulièrement étonnant, la bande originale du film est également dirigée par Mike Figgis, qui a donc la double casquette de réalisateur et de compositeur pour La gorge du diable. Le résultat auditif est tout aussi mitigé que sa mise en scène, les morceaux musicaux sont en retrait, voire même assez fades, quand ils ne sont tout simplement pas aux abonnés absents. Seul le premier thème majeur du film, quand la famille Tilson découvre le manoir, est intéressante. Cette composition laisse planer un certain mystère autour de cette demeure ancestrale, faisant espérer un scénario ésotérique, qui ne décollera malheureusement jamais. Mike Figgis a même la mauvaise idée d’inclure une chanson typique des road movies, totalement hors de propos, pour le générique de fin.

Dans l’ensemble, l’intrigue reste appréciable, mais c’est véritablement le jeu d’acteur très dérangeant de Stephen Dorff qui apporte un vrai plus à l’ensemble. Il passe par toute une palette d’émotions qui pousse, parfois, au détour de l’enquête de Cooper Tilson, à avoir pitié de son personnage dont on découvre progressivement à quoi ressemblait sa vie auparavant et ce qui l’a conduit dans une telle situation. Bref, La gorge du diable reste un thriller potable pour peu qu’on n’ait rien de mieux sous la main. Mais il ne se hissera jamais à la hauteur d’un excellent Le village, n’en espérez donc pas trop de lui.

Olikos

A propos de Olikos

Auteur de LesGrandsClassiques.fr depuis 2002, j'ai rejoint DisneyMagieClub en tant que pigiste suite à une proposition de Daya, que je connais depuis presque aussi longtemps, afin d'analyser des films Disney qui n'entraient pas dans la ligne éditoriale de mon site.
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