Le Village

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Une petite communauté isolée vit dans la terrifiante certitude qu’une race de créatures mythiques peuple les bois entourant leur village. Cette force maléfique est si menaçante que personne n’ose s’aventurer au-delà des dernières maisons, et encore moins pénétrer dans les bois. Quelqu’un va pourtant s’y risquer…

Analyse du film

levillage7Le Village est la quatrième et dernière collaboration cinématographique entre M. Night Shyamalan et le groupe Disney, elle a été distribuée par sa société de production Touchstone Pictures. Après la sortie du film, le réalisateur a malheureusement été plus ou moins désavoué à la fois par la compagnie qui ne réalisa pas les bénéfices qu’elle espérait sur Le Village et, dans une moindre mesure, par le public qui ne se rua pas en masse dans les salles en 2004. Le long métrage reste pourtant une oeuvre agréable à suivre et pleine de mystères, puisqu’il reprend plus ou moins les mêmes codes narratifs dont nous avait habitué le réalisateur depuis le fulgurant succès de Sixième Sens en 1999. M. Night Shyamalan se distingue de la plupart des réalisateurs américains contemporains par une audacieuse maîtrise narrative de chacune de ses oeuvres. La majorité des spectateurs retiennent surtout l’inévitable retournement de situation final qui métamorphose complètement la portée initiale du récit.

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Pourtant, l’astuce majeure du réalisateur est surtout d’inciter son public à revoir une seconde fois son travail. Le spectateur curieux découvre alors que, dès le début de l’intrigue, M. Night Shyamalan avait disséminé subtilement la totalité des pièces de son puzzle ! Mais encore faut-il avoir l’esprit très vif, sinon seul le dénouement permet de déverrouiller la clé de l’énigme. L’autre particularité du réalisateur, en dehors de son traditionnel caméo façon Alfred Hitchcock, c’est d’apporter une couleur dominante à chacun de ses films. Sixième Sens mettait le rouge à l’honneur, chaque indice de l’intrigue avait systématiquement un rapport avec cette couleur. Incassable avait une forte dominance de bleu. Signes remettait en cause la douceur naturelle du vert, entraînant une vrai psychose chez les personnages. Pour Le Village, c’est l’ocre jaune qui prédomine. Un choix bienheureux puisqu’il symbolise le renfermement et l’isolement, qui va naturellement s’opposer au rouge, symbole de force et danger.

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Au début de Le Village, nous découvrons ainsi une petite communauté américaine qui vient de vivre une tragédie. Un jeune enfant est décédé dans des circonstances inconnues. Peu à peu, on apprend que ses habitants se serrent les coudes dans cette sinistre épreuve et, plus particulièrement, que l’un d’entre eux envisage d’aller en ville s’approvisionner en matériel médical afin que plus rien de tel ne puisse se reproduire à l’avenir. Mais il faut pour cela traverser la forêt, qui est dominée par des créatures immenses et effrayantes. Quand finalement, il décide de passer outre l’avertissement des plus anciens du village, le jeune homme va libérer une fureur et des évènements dramatiques dans son village. Dans ce rôle, on trouve Joaquin Phoenix (Lucius Hunt) devenu entre temps ami avec M. Night Shyamalan qui lui offre un rôle sur mesure relativement proche de celui qu’il jouait dans Signes deux ans plus tôt. Joaquin Phoenix est très habile pour jouer les personnages ingénus, mais il va ici plus loin puisque malgré l’extrême timidité de son personnage, il réussit à lui faire braver l’interdit.

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A ses côtés, Bryce Dallas Howard (Ivy Walker) trouve son premier grand rôle à l’écran, puisque Le Village lui offrira un gros tremplin à sa carrière, qui l’a amené récemment à figurer comme la seule héroïne principale de Jurassic World. Pour ce film, elle joue une jeune femme malvoyante, pleine d’entrain et de vie, qui contrebalance merveilleusement Lucius. Elle est aussi sans nul doute la plus perspicace du village. Enfin, on compte aussi Adrien Brody (Noah Percy) qui joue un jeune homme enjoué mais un peu déficient qui a une certaine importance dans le récit. La jeune génération affronte donc ses aînés qui comptent dans leurs membres des acteurs beaucoup plus connus et populaires qu’eux à l’époque : William Hurt (Edward Walker), Sigourney Weaver (Alice Hunt), Brendan Gleeson (Auguste Nicholson), Cherry Jones (Madame Clarck) et Celia Weston (Vivian Percy).

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Bien que l’histoire de Le Village se déroule majoritairement à ciel ouvert, M. Night Shyamalan offre un long métrage qui a tout du huit clos. Le spectateur sait que le village est cerné de toute part d’une forêt, mais jamais le réalisateur ne lui laisse le soin de connaître la taille exacte de ce village et de la forêt qui l’entoure. A plusieurs reprises, ses personnages sont prit dans l’obscurité la plus totale, ce qui oppresse d’autant plus la perception des spectateurs pour le récit. Ne connaissant pas non plus l’époque spécifique dans laquelle le récit se déroule, tout cela renforce volontairement le malaise ressenti, jusqu’à ce que la première apparition de ces mystérieuses créatures entraîne inévitablement de l’empathie pour les personnages du film.

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L’esthétique visuelle dépouillée de Le Village renforce cette même idée, tout comme la bande originale composée par James Newton Howard. Le compositeur recours régulièrement au violon, au violoncelle et à la contrebasse, donnant un rendu sonore proche de la mélancolie, qui sied parfaitement à la portée globale de l’intrigue mais aussi, et c’est moins frappant, à la nostalgie. Au fur et à mesure, au même rythme que le dénouement approche, James Newton Howard apporte petit à petit de l’espoir dans sa composition, jusqu’au retournement final qui tranche avec tout le reste, remettant là aussi en cause le message auditif, comme le fait M. Night Shyamalan avec ses personnages.

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Il m’est difficile de pousser plus loin la réflexion sur Le Village, car cela gâcherai fortement toute la portée du récit à ceux qui ne l’ont encore jamais vu. Malgré tout, je peux me risquer à dire que Le Village joue un profond double jeu. Chaque personnage, chaque élément du récit, chaque musique a deux facettes qui ne sont ni bonnes, ni mauvaises. Chaque choix qui est fait apporte des conséquences pour le moins complètement inattendues. En voulant se risquer dans la forêt, Lucius déclenche une série d’évènements hors de contrôle. Quand à son tour Ivy va tenter de l’aider, elle va elle-aussi déclencher une fureur malsaine que personne n’aurait imaginé. Quand le récit se termine, dans un twist fort habilement amené, nous en sommes finalement revenu à notre point de départ : la décision initiale prise par les personnages était-elle finalement la bonne ? On ne le saura jamais, M. Night Shyamalan laisse le choix au spectateur de le décider !

Olikos

A propos de Olikos

Auteur de LesGrandsClassiques.fr depuis 2002, j'ai rejoint DisneyMagieClub en tant que pigiste suite à une proposition de Daya, que je connais depuis presque aussi longtemps, afin d'analyser des films Disney qui n'entraient pas dans la ligne éditoriale de mon site.
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